Chômage et emploi : on n’a pas encore essayé l’essentiel



La Rédaction
Vendredi 27 Septembre 2013

Les multiples discours autour du choc de confiance voulu par François Hollande ne suffiront pas à redonner sa vigueur à une économie exsangue, privée de liberté et d’esprit d’initiative si des mesures radicales ne sont pas étudiées.


« Contre le chômage, on a tout essayé », confessait en 1993 un François Mitterrand fataliste face aux 9 % de chômage qui rongeaient alors le pays. « On n’a jamais tout essayé », lançait Jean-Marc Ayrault 20 ans plus tard dans un écho évident à la déclaration de l’ancien président socialiste. Et pourtant, les difficultés de 2013 semblent plus sérieuses que celles de 1993. Peu avant le premier anniversaire du quinquennat Hollande, sont en effet tombés des chiffres inquiétants : 3,224 millions de chômeurs en France, et un record battu qui porte à 10 % la part de la population active en mal d’insertion professionnelle.

Chômage et emploi : on n’a pas encore essayé l’essentiel

Tout est loin d’avoir été essayé

Parmi les fers de lance de l’arsenal de François Hollande pour résoudre le problème du chômage figuraient notamment les emplois d’avenir. Depuis le 26 octobre 2012, une loi permet en effet à certaines entreprises (appartenant à un secteur d’activité fixé dans chaque région par le préfet avec le président du conseil général) de recourir à des contrats à durée indéterminée qui leur permettent d’embaucher des jeunes en difficulté à des conditions avantageuses. Particulièrement touchés par le chômage, les jeunes actifs pourraient bénéficier de cette mesure. On est pourtant à ce jour loin du compte. « Le gouvernement [prévoyait]d’en pourvoir 100 000. Cinq mois après leur lancement, seuls 10 000 avaient trouvé preneurs fin mars avec un rythme de progression trop lent pour tenir l’objectif de fin d’année », observait fin avril Marc Landré, chef du service Macroéconomie France pour Le Figaro.

Le gouvernement semble ne pas attendre que d’autres lui mettent des batons dans les roues. On l’a observé à l’occasion de la réforme du statut des auto-entrepreneurs. Les plafonds de chiffres d’affaires au-delà desquels ces petits chefs d’entreprise sont contraints de changer de statut et ont été quasiment divisés par deux. Ceux qui exercent une activité de services seront donc par exemple contraints d’abandonner des conditions fiscales avantageuses au-delà de 19 000 euros de chiffres d’affaires annuels (contre 32 600 euros auparavant). De fait, le statut de l’auto-entrepreneur a donc cessé d’être une passerelle pour le développement de véritables TPE/PME pour devenir une simple opportunité de revenu d’appoint. Mais a-t-on vraiment songé aux conséquences qu’un tel changement aurait dans le futur en matière de créations d’emplois ? Les principaux intéressés ont été abasourdis et ont dénoncé, le président de la FEDAE Grégoire Leclercq en tête, « le plus grand plan social de l’histoire ».

Pour une politique plus cohérente …

Jusqu’à présent, le gouvernement Ayrault s’est contenté de proposer des mesures de circonstance pour l’emploi. Du côté des réformes structurelles, on prend plutôt le contre-pied de ce qui devrait être fait et il n’y a guère que les accords sur la flexibilité de l’emploi qui donnent grâce à l’action publique au début de l’été 2013. Et c’est bien là que le bât blesse : la France a besoin de clarifier considérablement les cadres qui régissent la création de richesses sur son territoire. Aux armées de mesurettes, il faut substituer une poignée de courage politique sous la forme d’une typologie simplifiée et pertinente des contrats de travail et d’une fiscalité équilibrée et incitative. Il existe de véritables opportunités pour redresser l’emploi durablement.  L’on pourrait par exemple réformer les modalités de calculs des cotisations patronales de manière à favoriser les entreprises qui embauchent en CDI et à pénaliser celles qui licencient abusivement comme le suggère l’économiste Denis Fougère.

De telles solutions ont l’avantage d’être innovantes et de s’appliquer à tous. Encore faut-il vouloir inaugurer un système résolument tourné vers l’emploi marchand. C’est d’ailleurs un pari loin d’être gagné en France. « La Gauche ne parvient pas à se convaincre que c’est le secteur marchand qui procure l’essentiel des emplois qui ne sont pas à la charge de la collectivité, qui produit des biens ayant en général une valeur ajoutée reconnue ,[…] exportable [et] décisive pour viser le nécessaire équilibre de notre balance commerciale », observe Jacques Legrand, cofondateur du parti Alternative Libérale. Difficile de ne pas souscrire à cette d’analyse, même si l’on ne partage pas les idées des libéraux, quand on connaît l’étendue des possibilités qui pourrait encore s’offrir à nous.

… et une véritable réhabilitation des valeurs « travail » et « entrepreneuriat »

Mais le poids des tabous est lourd en France. L’on se souvient par exemple de ces salariés de magasins de bricolage situés en Ile-de-France que l’on est allé jusqu’à interdire de travailler le dimanche. L’attachement des gouvernants au repos dominical fait partie de ces incohérences surtout lorsqu’il concerne des commerces alimentaires de proximité. On peut comprendre l’agacement de ces salariés volontaires, mieux payés en contrepartie d’un jour de repos différé de quelques jours. N’ayons pas peur de bousculer les tabous qui nous empêchent aujourd’hui d’adopter des mesures efficaces dans le domaine de l’emploi.  L’ouverture réglementée des commerces le dimanche toute la journée est un levier d’emplois dont notre Président de la République serait bien inspiré de garnir sa fameuse « boître à outil ». Le ministre du Travail préfère jusqu’à présent le laisser sur l’établi de peur de « grignoter par petits morceaux le repos dominical », et ce malgré les sollicitations de certains de ses camarades du PS. Faut-il attendre que la machine économique soit définitivement grippée avant que nos gouvernants se rendent compte de l’urgence qu’il y a agir sur ce dossier ? 

Malgré la crise, le gouvernement continue à penser symbole avant de penser emploi. Et l’on peut s’en rendre compte de multiples façons. La plus éloquente relève assurément de la politique fiscale que le pays réserve désormais aux entreprises et aux investisseurs. Aligner la fiscalité du capital sur celle du travail était en effet l’un des arguments-chocs de la campagne présidentielle de François Hollande. N’avons-nous pas en effet oublié un peu vite qu’à la différence du salaire, le revenu du capital est soumis aux aléas du risque ? Et qu’en créant de la valeur, l’investissement est générateur d’emploi ? Une telle annonce revient à « décourager l’épargnant de soutenir les entreprises », comme le résume un éditorialiste des Échos.

Ce qu’il manque au gouvernement pour relancer l’économie, l’emploi et l’investissement, c’est un véritable changement de paradigme. Les acteurs économiques qui sont à l’origine de la majorité des créations d’emploi ne peuvent pas se contenter d’espérer profiter de quelques niches fiscales, ou d’un crédit d’impôt sélectif concédé par le gouvernement comme autant de billes lâchées pour éviter que la machine ne s’arrête. Commençons par libérer le travail, autant que le capital, du carcan idéologique qui parfois les enserre, tout en les dotant d’un cadre fiscal réglementaire plus clair et plus stable. Car les réformes économiques ne sont pas qu’une affaire de comptabilité. On a souvent tendance à l’oublier, mais les mesures prises par les pouvoirs publics ont aussi le pouvoir de rassurer et d’insuffler la confiance. Et en dépit de son volontarisme, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a trop fréquemment contribué à renforcer l’incertitude sur le terrain économique.

Notez