Culture générale, le bilan français



Cafeine Le Mag
Mercredi 26 Août 2015

Informations, itinéraires, connaissances : en un clic, tout peut être validé et vérifié à des sources parfois discutables. Plus d’informations, moins d’efforts, on peut s’interroger sur la pertinence d’une telle acception de la connaissance, ainsi que sur les conséquences à long terme qu’elle engendre pour le niveau intellectuel général!


Robert Arevalo (cc)
Robert Arevalo (cc)
La culture du clic
 
Smartphones, ordinateurs, tablettes et, surtout, internet : tous nous permettent un accès immédiat à une somme colossale d’informations. Qu’il s’agisse d’une recette de cuisine, d’une définition, d’une précision historique ou littéraire, d’un itinéraire ou de savoir quelles espèces sauvages il est possible de trouver dans le Wyoming, internet répond à tout, tout de suite. Il y a une grosse décennie, le plus simple était encore d’ouvrir un dictionnaire, chercher dans une encyclopédie, noter son information pour mieux la retrouver. Aujourd’hui, Internet répond à la plupart de nos questions et des centaines d’applications remplissent le rôle d’adjuvant culturel. Se pose alors le problème évident de la fiabilité des informations proposées.
 
La qualité, d’abord : qui nous garantit que ces informations ont été rédigées et proposées par des professionnels ? Le site « référent », Wikipedia, très souvent décrié pour ses informations non vérifiées, semble commencer à pâtir de son modèle, libre et gratuit. 20 % de contributeurs en moins depuis 2007 et un manque de diversité au niveau de son contenu ralentissent son évolution. L’encyclopédie participative en ligne ne serait fiable qu’à 80 % (selon les domaines) contre 95 % pour l’Encyclopédie Universalis. La fiabilité, sur internet, un sujet sans fin, souvent remis au goût du jour par une bévue journalistique ou politique, à l’image de ceux ou celles qui reprennent, à la télévision ou sur Twitter, de fausses informations reprises de sites parodiques, ou à l’inverse ceux qui se veulent fact-checkers permanents.
 
Les repères bougent, bousculés par la facilité numérique qui engendre une certaine paresse intellectuelle et culturelle, et par notre confiance aveugle envers l’écrit, au sens large. Avec la facilité et la quantité s’efface le doute, alors que le doute est le principe de la recherche de connaissances. L’urgence est donc double : discriminer les informations entre elles et sortir de cet assistanat constant.
 
La culture, entretien et protection
 
Le niveau scolaire est en baisse en France, voir même en régression, mais les résultats du baccalauréat n’ont jamais été aussi bons. Ces chiffres discordants corroborent l’idée selon laquelle le cerveau humain devient de plus en plus assisté. La mémoire immédiate, instantanée, est favorisée tandis que l’effort de mémorisation et d’assimilation sont délaissés. Les fonctions cognitives de concentration et d’apprentissage sont ralenties par une lecture superficielle, tandis qu’une lecture « traditionnelle » bénéficie à l’acquisition de connaissance et à la compréhension. « Nous renonçons à notre bon vieux processus de pensée linéaire » pointe l’essayiste américain Nicholas Carr.  « La priorité est donnée à la rapidité plutôt qu’à la précision ou à l’objectivité » déplore Arnaud Nourry, PDG de Hachette, « Or la recherche de la rapidité se fait trop souvent au prix du sens ».
 
S’il ne s’agit pas de dénigrer les nouvelles technologies au service de la culture (exemple avec iTunes U, qui permet un accès mondial à des cours qualitatifs, proposés par des universités, des professeurs etc.), il s’agit de pointer l’importance de la qualité de contenus. Le savoir se doit d’être transmis par des référents, dont les connaissances ont été contrôlées, validées et organisées de manière à apporter à la fois esprit critique et ouverture d’esprit. Une logique toujours à l’œuvre pour les manuels scolaires, qui n’ont pas encore été détrônés par l’immédiateté du web. Un manuel scolaire (papier ou numérique, là n’est pas la question) reste un document de référence, écrit par des professionnels, sous la responsabilité d’un éditeur qui s’engage sur la qualité des informations fournies. Cela n’empêche pas d’avoir un certain recul sur cet outil et de conserver un œil critique sur son contenu : « le marché scolaire, soumis à une forte concentration, devient l’un des plus florissants du monde de l’édition. […] [Le manuel scolaire] devient un objet tiraillé entre une multiplicité de commandes : celles des programmes, du marché, des enseignants et des élèves », explique de Laurence De Cock, professeur d’histoire-géographie en lycée. Vecteur de la transmission, le manuel scolaire joue le rôle de passeur de savoirs - , surtout à un moment où les documents Power Point font leur apparition en classe. Pour Hachette, dont le livre scolaire représente 20 % du CA au niveau mondial, on prend cette question très au sérieux, avec un soin particulier apportée à la qualité des « fondations de l’édifice français de culture générale », selon les mots d'Arnaud Nourry. De l’éducation à la culture et à la lecture, il n’y a ensuite qu’un pas à franchir dans l’élaboration de sa propre culture générale.
 
Bilan mitigé donc, pour la culture française et sa protection. D’une part, une tendance mondiale allant à la facilité, accompagnée d’une baisse sensible du niveau scolaire, et d’autre part, des défenseurs d’une qualité rigoureuse, ancrée sur des savoir-faire et un rôle de référent culturel. Peut-être serons-nous de plus en plus nombreux à « regretter notre cerveau pré-internet », comme le dit l’écrivain américain Douglas Coupland et nous tourner vers des sources fiables dans nos recherches et études. Mais reste aussi à interroger notre rapport au savoir : il fut un temps on l’on apprenait et intégré des connaissances, aujourd’hui nous consultons une page web. L’accessibilité du savoir est-il en train de condamner l’apprentissage  et la mémorisation ?

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