Education : comment faire 10 milliards d'économies en un rien de temps



Jean-Baptiste Giraud
Vendredi 2 Mai 2014

Savez-vous combien nous coûte l'Education Nationale ? 64,9 milliards d'euros ! C'est de très loin le premier poste de dépense de l'Etat, auquel personne n'ose demander de se serrer la ceinture : la dépense augmente encore de 600 millions d'euros cette année. Pourtant il y a bien un moyen de dégraisser le mammouth...


Tous les ans c'est la même histoire : de combien la France aura encore dégringolé dans le rapport international Pisa, celui qui juge de l'efficacité de l'éducation dans les pays industrialisés ? En décembre dernier, cela n'a pas loupé : la France a encore perdu trois places, se situant à la 25e place sur 65 pays, mais surtout à la 18e place parmi les 25 pays de l'OCDE audités par ce rapport. Pire encore : toujours selon PISA, si l'on n'ausculte que les performances scolaires des élèves issus de milieux défavorisés, la France est à ce moment là en 33e position. Preuve s'il en est que l'école française républicaine et laïque échoue totalement dans sa mission de réduction des inégalités.

Oui, lorsqu'un gamin dont les parents n'ont pas fait d'études va à l'école, il a toutes les chances - plutôt, tous les risques - de ne pas décoller. A l'inverse, on sait que les enfants d''instituteurs et de professeurs ont toujours de bien meilleurs résultats que la moyenne, tout comme les enfants de cadres. Si PISA n'auscultait que les résultats des élèves issus de milieux favorisés ou éduqués, la France serait en 13e position. 

François Hollande, et ses deux ministres de l'Education Nationale successifs Vincent Peillon et Benoit Hamon ont confirmé que l'Education Nationale créerait 60 000 nouveaux postes d'enseignants en trois ans. Comme s'il s'agissait de la solution aux maux de l'école française. Utopie ! Ce ne sont là que des annonces électoralistes, qui n'ont d'ailleurs pas sauvé la gauche aux dernières municipales : même le corps enseignant, traditionnellement à gauche, s'est détourné des listes socialistes et assimilées aux municipales, préférant... l'abstention.

Non, la solution, à l'ère de l'Internet tout puissant et omniprésent, des smartphones, tablettes, phablettes, c'est bien entendu la digitalisation de l'enseignement. Pas des savoirs ! L'offre éducative sous forme numérique est déjà ventripotente, et surtout dans une large mesure d'accès gratuit. Les plus grandes universités américaines ont mis des milliers d'heures de cours et de travaux pratiques interactifs en ligne sur la toile, les fameux "Mooc" les "cours en ligne ouverts et massifs".  Les universités françaises s'y mettent aussi, lentement. Tous les plus grands éditeurs de manuels scolaires proposent des compléments numériques à leurs cours. Pour faire maigrir le budget de l'Education Nationale de 10 milliards par an, il faut d'urgence enclencher un large programme de digitalisation de l'enseignement. Entre un enseignant médiocre ou moyen qui peine à transmettre la connaissance, et en même temps gérer l'indiscipline des élèves, et un enseignant porté par un excellent contenu pédagogique ludique et interactif, disponible pour expliquer ce qui doit encore l'être, et pouvant manier la carotte - l'enseignement par le jeu - bien plus que le bâton - qu'il lui est interdit de donner - il n'y a pas photo. Tenter de passionner une classe en lisant du Molière ou en griffonnant des équations à trois inconnues sur un tableau est une chose, malaisée. Enthousiasmer des élèves - surtout issus de milieux socialement défavorisés - en leur faisant découvrir Molière interprété par Louis de Funes, pour le fun, ou dans une mise en scène moderne pourquoi pas, et pour les maths, présenter des exemples concrets, visuels, en trois dimensions, d'équations à trois inconnues sur un écran interactif, est autrement plus flatteur.

Bien entendu, pour réussir ce pari, il faudra écarter des dizaines de milliers d'enseignants ronchons, résistants à tout changement, car confortablement installés dans la répétition d'un vieux cours depuis vingt ou trente ans. Bien entendu, il faudra équiper un maximum de classes de tableaux numériques interactifs et dans la mesure du possible, de tablettes, ce qui représente une dépense certes, mais d'investissement. Made in China ? Non ! Que la France fabrique ses propres tableaux interactifs et tablettes numériques a plus que du sens, c'est stratégique. Qu'une manufacture publique se charge de construire les outils pédagogiques dont l'école française a besoin, a autant de sens que de fabriquer nous mêmes nos missiles ou nos avions de chasse. C'est une question de souveraineté nationale ! Créons ces emplois en France, et confions aux lycées techniques la mission concrète de maintenance du matériel. 

Voilà comment, en cinq ans, l'on peut du même coup  : 
-faire économiser 10 milliards par an au budget de l'Education Nationale en faisant fondre de 15 % sa masse salariale, en cessant immédiatement de remplacer deux départs sur trois à la retraite. 
-améliorer extrêmement rapidement la qualité de l'enseignement prodigué en France dans les établissements publics et privés sous contrat, en le projetant à vitesse grand V dans le XXIe siècle, celui du numérique, 
-créer des milliers d'emplois durables, et former des dizaines de milliers d'élèves d'établissements techniques à des métiers d'avenir, concrets. 




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