L’Allemagne, un monstre industriel européen



Lundi 18 Novembre 2013

La Commission Européenne est sur le point de lancer une vaste enquête économique auprès de l’Allemagne afin de vérifier si ce pays ne possède pas un modèle macroéconomique qui lui permet d’engranger la majorité du dynamisme européen au détriment des autres pays de l’Union. Décryptage.


L’Allemagne, un monstre industriel européen
Compétitivité industrielle performante

Il est incontestable que les Mercedes et BMW se vendent plus facilement que les modèles français. Et pourtant, tout porte à croire que les voitures allemandes sont plus chères. Il s’agit pourtant bien d’un même usage : une caisse qui possède quatre roues, et qui permet de se déplacer seul ou à plusieurs d’un point A à un point B.
Les voitures allemandes sont fabriquées le plus souvent en Allemagne, et pour les voitures de constructeurs français, il faut regarder de plus près pour connaître l’origine de la production.
Alors, quelle est la différence ? Le rapport qualité/prix. Il suffit de comprendre qu’à finition égale, c’est la part d’assemblage, c’est-à-dire la main d’œuvre qui va être sans aucun doute le paramètre décisif.

Le prix de la main d’œuvre manufacturière en Allemagne est moins élevé qu’en France. L’écart est d’environ 3 euros de l’heure (source OMC). Les charges salariales en Allemagne sont d’environ 16%, alors qu’elles dépassent 30% en France.

En effet, Angela Merkel a décidé il y a huit ans de compenser une hausse de la TVA par une baisse des charges sociales. Ce mécanisme s’avère extrêmement astucieux pour rendre davantage compétitif une main d’œuvre. Il s’agit tout simplement d’un transfert fiscal pour le pays. L’Etat Allemand ne gagne rien puisqu’avec un tel dispositif, les économies générées d’un côté vont compenser les excès de dépenses de l’autre. En revanche, du point de vue de la balance extérieure, le pays à tout à y gagner, puisqu’il sera avec cet effet plus compétitif. Ce mécanisme augmente les prix. La répercussion sur l’augmentation des salaires n’est pas forcément coordonnée. Le mécanisme d’inflation s’installe. Il n’est pas forcément créateur d’emploi à court terme, mais sa vertu permet par contre de les maintenir. A long terme, il s’avère créateur d’emploi, puisque le pays étant plus performant (plus compétitif) que les autres, des parts de marchés seront gagnées dans le marché fermé et réglementé de l’Europe.
 
Une offre de service beaucoup plus contestable

A la différence de l’industrie manufacturière qui est performante, l’offre de service en Allemagne s’avère beaucoup moins encadrée.
Autant il existe un salaire minimum dans l’industrie, autant il est inexistant dans les services. Les conditions de travail ne sont pas les mêmes et les niveaux de salaires et d’emplois n’ont rien de comparables avec le monde industriel allemand. Il n’est pas rare de trouver des emplois dilués, c’est-à-dire des contrats de travail dans les services avec un temps partiel très faible. Et c’est justement ce que souhaite analyser la Commission Européenne en Allemagne : des emplois à des conditions très différentes. Le résultat devrait sans doute d’instaurer un salaire minimum dans les services en Allemagne qui n’existe pas.

L’offre couplée production-services s’en trouverait sans doute atteinte et relancerait sans aucun doute la compétitivité avec le reste de l’Europe, notamment avec la France où tous les salaires sont encadrés sans prendre en question le secteur. Néanmoins, l’Allemagne a pris de l’avance, puisque l’industrie française ne représente plus que 16% des emplois, alors qu’en Allemagne, elle s’est maintenue à un niveau élevé, avec plus de 10 points d’écart (source OCDE). Il est plus facile et rapide de détruire des industries que d’en construire, sans compter un savoir-faire expert qui s’en va.

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