L’automédication à l’ère d’internet



Cafeine Le Mag
Mardi 4 Décembre 2012

Le gouvernement inaugurait la 2e semaine de la sécurité des patients le 21 novembre 2012. Cet évènement a notamment été l’occasion de revenir sur un problème nouveau : celui de l’automédication. Si cette pratique existe depuis longtemps, elle s’est en revanche intensifiée du fait de la démocratisation d’internet et d’un accès facilité à certaines substances. Une tendance qui n’est pas sans poser quelques questions aux pouvoirs publics.


L’automédication à l’ère d’internet
La surconsommation de médicaments en France est un phénomène désormais connu. On se souvient notamment des conclusions de la CNAM qui, en 2011, estimait que la consommation de médicament en France avait cru de 0,5 % par an entre 2006 et 2009. Dans les années 2000, les Français étaient les plus grands consommateurs de médicament d’Europe. Ce n’est plus le cas depuis 2011 puisque le pays s’inscrit désormais dans la moyenne européenne d’après une étude réalisée par l’association LIR en collaboration avec la Chaire ESSEC Santé. Mais la France demeure un marché important pour l’industrie pharmaceutique.
 
Si les comportements des Français ont changé, notamment grâce à l’implication de l’Assurrance Maladie sur des thématiques comme la surconsommation d’antibiotique, il est légitime de se poser aujourd’hui la question de la consommation des médicaments sans prescription. À cet égard, l’amplification du phénomène d’automédication via Internet s’impose notamment comme un enjeu de santé publique important. Il présente en effet différents risques. Car si le médicament est aujourd’hui présent sur Internet, ce n’est que rarement en faveur de la sécurité des consommateurs.
 
Le marché du médicament sur internet est encore largement dépourvu de toute structure et d’instance de contrôle. À l’heure où il est difficile de distinguer une pharmacie légale d’une pharmacie illégale sur le web, les risques de la contrefaçon peuvent être considérés comme indissociables de l’achat d’un médicament en ligne. La malfaçon expose le consommateur à un danger sanitaire lié à la qualité des produits autant qu’à l’absence de réels conseils quant aux produits sélectionnés ; conseils qui relèvent habituellement du travail du pharmacien.
 
La contrefaçon constitue un problème évident posé par le commerce de médicament sur Inernet. La toile étant un système mondial, elle met en relation des offres et des demandes en provenance de toute la planète. Cette caractéristique rend également la contrefaçon extrêmement difficile à contrôler, ce qui lui permet d’avoir pignon sur rue dans l’espace virtuel. Qui n’a jamais reçu de spam proposant un discount sur un lot de pilules, soumises à prescription France et indéniablement contrefaites ? Alors que cette information indésirable abonde, l’information de qualité est rare en revanche.
 
Il n’y a en réalité sur Internet aucune plateforme officielle d’information quant à la qualité et aux usages des médicaments, qu’il s’agisse de substance libre ou sur prescription. L’absence d’information technique exhaustive sur les médicaments témoigne du désengagement des pouvoirs publics dans l’espace virtuel. La création d’une vraie référence en matière de documentation constitue pourtant la façon la plus évidente d’encadrer l’automédication. Il s’agirait en outre d’une démarche cohérente dans la mesure ou le développement de cette pratique a été relativement encouragé par les autorités de santé ces dernières années. La France tirerait naturellement avantage d’une source d’information fiable. Le développement de l’automédication ne peut pas être qu’une façon pour l’État de dégager des économies en se retirant de certaines questions de santé. Elle nécessite une forme d’encadrement, certes plus souple, mais réel du patient.

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