L'avenir du vin français se construit avec la Chine



La Rédaction
Mardi 24 Septembre 2013

Viticulture et viniculture sont par essence des secteurs qui font la renommée de la France. Franchissant les frontières les plus lointaines, la notoriété de l'Hexagone en matière de production vinicole n'est plus à discuter. Aujourd'hui pourtant, dans un perpétuel contexte de mondialisation, plusieurs domaines viticoles seraient aujourd'hui sur le point de tomber dans l'escarcelle de riches exploitants originaires de l'empire du Milieu. Une situation qui alarme les viticulteurs tricolores.


L'avenir du vin français se construit avec la Chine

La consommation croissante du vin en Chine : un marché à potentiel pour la France

Devenue le cinquième pays consommateur de vin dans le monde avec une part de 1,15 litre par an par habitant, la Chine a légèrement dépassé la Grande-Bretagne depuis quelques années. Elle se retrouve derrière les États-Unis, l'Italie, la France et l'Allemagne. Les Chinois répertorient leurs bouteilles favorites parmi les marques les plus prestigieuses. Ils considèrent par ailleurs le vin français comme le meilleur au monde. Outre leur goût suave et leur millésime, les crus français représentent un tout autre monde pour les Chinois, notamment un monde de volupté et de richesse culturelle. Devenue une référence viticole en Chine, la France pourrait nettement profiter de sa notoriété pour promouvoir le secteur. Les stratégies ont bel et bien débuté depuis quelques mois. La Revue du vin de France, l'un des plus importants magazines français dans le domaine du vin a établi une annexe en Chine, avec une trentaine de journalistes à son effectif, transférés sur place. Si en France, le tirage mensuel est établi à 45 500 exemplaires, en Chine le magazine imprime 100 000 exemplaires par mois et les kiosques sont vides dès les premiers jours de parution. La Revue du vin de France promeut non seulement les crus français, mais s'intéresse également aux vins produits exclusivement en Chine. Au mois de mars 2013, le magazine prévoit d'élire les meilleurs vins chinois en collaboration avec les exploitants locaux. Au mois de mai, le magazine établira un stand au salon Vinexpo de Hong Kong. Au-delà de cet exploit porteur d'avenir, une inquiétude vient cependant troubler les viticulteurs français. La Chine tenterait-elle de monopoliser la viticulture française ?

La viticulture française serait-elle menacée ?

La polémique fuse depuis l'été 2012, lorsqu'un riche exploitant chinois a racheté le grand domaine viticole du château de Gevrey-Chambertin, incluant près de deux hectares de vignes. Les viticulteurs s'insurgent, dénonçant le début d'un monopole sans limites. Mais peu de personnes savent que cette acquisition n'est pas une première dans cette « coopération » franco-chinoise. Le nombre d'acquéreurs chinois a augmenté en nombre depuis 2008. Michel Veyrier, Président du réseau VineaTransaction, estime qu'une cinquantaine de parcs viticoles est aujourd'hui entre les mains de puissants exploiteurs chinois. Malgré l'ampleur du phénomène, l'homme balaye les doutes en expliquant que ces chiffres avancés ne représenteraient qu'une infime partie des 11 000 domaines viticoles présents dans l'Hexagone. Les risques encourus par la viticulture française restent ainsi moindres, selon toujours Michel Veyrier. Mais la goutte d'huile fait tache, parce que les viticulteurs se posent toujours autant de questions qui méritent réflexion. Les Chinois sont-ils en train d’accaparer les plus extraordinaires domaines viticoles de France ? Le château de Gevrey-Chambertin est l'une des perles de la Bourgogne. Son fameux vin constitue l'une des plus prestigieuses appellations en Côte de Nuits parmi les 550 hectares de production bourguignonne. Par ailleurs, le prix de son acquisition laisse sans voix. Un groupe d'investisseurs bourguignons avaient tenté de racheter le domaine (estimé à 3,5 millions d'euros) pour 5 millions d'euros. Les Chinois l'ont devancé pour la modique somme de 8 millions d'euros. Ce prix exorbitant n'aurait aucune corrélation avec la rentabilité du domaine, car les vignes du château de Gevrey-Chambertin ne produisent environ que 12 000 bouteilles à l'année.

Un avenir incertain

Les experts estiment qu'il est encore trop tôt pour confirmer que les Chinois sont en passe d'exercer une vague de contrôle sur les vignobles français. Bien qu'une poignée de grands hommes chinois aient racheté quelques-uns des plus prestigieux domaines du pays, la généralité est telle que la majorité des exploitants s'intéresse plus à la quantité qu'à la qualité. Ils préfèrent donc investir le moins d'argent possible dans les vignes qui produisent le plus de bouteilles à l'année. Près de 90 % des domaines rachetés produisent du vin générique. Une part belle des acheteurs possède leurs propres exploitations en Chine. Ils souhaitent en premier lieu contrôler toute la chaîne de production en France afin de les appliquer dans leur pays. Pour ces Chinois qui ne sont arrivés en France que depuis quatre ans, le vin français possède de trop grandes spécificités sur lesquelles ils ne pourraient s'attarder. Leur préoccupation première est de pouvoir répondre au besoin de consommation grandissant des Chinois. Leur but principal est donc de consacrer leur production en France à l'exportation vers leur pays d'origine. Le vin français produit par des Chinois échappera ainsi aux consommateurs français, aux négociants internationaux et perdra surtout sa renommée et son ouverture sur le marché mondial.

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