L’ethnographie du « plan cul »



Vendredi 26 Septembre 2014

Dans la foultitude de parutions, il y a parfois de petites perles, notamment en non-fiction. Ainsi, on peut découvrir chez Fayard, « Du plan cul », sous-titré, « Ethnographie d’une pratique sexuelle. » L’ouvrage de Jean-François Bayart représente une somme sur la pratique.


L’ethnographie du « plan cul »
Plan cul donc. On sait à quoi s’en tenir, l’expression constituant le titre. Le travail de Jean-François Bayart, au demeurant une sommité en terme de sociologie politique comparée, se lit comme une plongée ethnologique. Le lecteur part donc à la découverte de cette pratique sexuelle, pas déviante pour un sou, d’un ou de plusieurs soirs. Peu importe là durée, ce qui motive ici l’acteur, est le genre recherché, et le genre recherché est d'emblée annoncé. 
 
Pour se faire, Jean-François Bayart a mené une série d’entretiens libres et non directifs. Il a discuté avec deux jeunes garçons d’une vingtaine d’années. À travers eux, et à travers leurs approches de la sexualité, nous découvrons ce qu’elle peut être aujourd’hui. Aujourd’hui ? Oui, à l’ère digitale, à l’ère d’Internet et des smartphones, ce qui forcément, change un peu la donne.
 
Les deux jeunes gens avouent déconnecter ce plaisir de leur vie affective, sociale ou professionnelle. Pour eux, les « plans cul » dont ils parlent n’ont rien à voir avec la débauche ou l’infidélité. Ces expériences, ils les placent sous un autre prisme. Ce dernier a à voir avec la conquête de la liberté. Plus étonnant, disent-ils, avec « la sincérité, la recherche de vérité. »
 
Au-delà, apprend t-on dans cet ouvrage fort intéressant, il ne s’agit pas de dramatiser le plan cul. Pour les deux garçons, c'est chose usuelle. On fait un plan cul comme un plan resto ou un plan tennis. À la différence près que certains sont « bons » ou « mauvais », voire « faux ». Ah. Comme au tennis alors. Parfois on joue bien. Parfois on joue mal. Parfois on n’a pas le partenaire qu’il faut.
 
Ces entretiens ne prétendent pas être représentatifs de la société contemporaine ni de sa jeunesse. En revanche, ils dévoilent une face cachée de la sexualité des jeunes. Pour autant, on retiendra que pour eux, le plan cul n'a rien d’exceptionnel, c'est quelque chose de très banal.
 
Du plan cul. Ethnographie d’une pratique sexuelle, Jean-François Bayart (Fayard).

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