La « frappologie », une science exacte ?



Lundi 2 Mai 2016

Quand la façon de taper sur un clavier, en dit plus long qu’on ne le voudrait sur l'utilisateur.


On connaît la graphologie, l’analyse de l’écriture manuscrite, mais qu’en est-il de la « frappologie » ? Bonne question. Et d’abord, de quoi est-il question ? Il s’agit d’une technique, pour ne pas dire « science », livrant beaucoup plus d’indications qu’on ne le pense sur les personnes. Comment ? En analysant la façon dont elles tapent, ou plutôt, dont elles frappent sur leurs claviers d’ordinateurs. Au-delà de l’anecdote ou du type de personnalité qu’elle permet de reconnaître, la « frappologie » pourrait être utilisée dans le domaine de la sécurité informatique. Notamment, comme dispositif de reconnaissance afin de remplacer les mots de passe. C’est ce qu’on appelle « l'identification par dynamique de frappe au clavier. »
 
Aujourd’hui, la discipline, qualifiée de pseudo-science par certains, reste un terrain en devenir. Un terrain riche d’applications potentielles. Sur le marché du travail et de l’embauche, elle permettrait de « reconnaître une personne à sa manière d'écrire sur un clavier. » Et donc, de voir de quel type de candidat on a à faire. En effet, à l’instar de la graphologie, la « frappologie » peut apporter des indications sur la personnalité, et les émotions ressenties par un individu. Avec cette discipline, on peut aussi déceler des caractéristiques « comme le sexe, la tranche d'âge », rapporte Lefigaro.fr. C’est « une technique de biométrie comportementale permettant de reconnaître un individu à sa façon de taper sur un clavier d'ordinateur. »
 
Dans tous les cas, « la frappe sur clavier ne permet pas d'identifier nommément une personne, contrairement aux empreintes digitales », précise Christophe Rosenberger, professeur à l'ENSICAEN, l’École nationale supérieure d'ingénieurs de Caen, et pionner français dans ce domaine. Il souligne d’ailleurs « que la frappe est susceptible d'être piratée, notamment par des keyloggers, logiciels espions capables d'enregistrer ce qui est tapé au clavier et de reproduire le texte ainsi produit. »
 
Toutefois, « pour identifier une personne grâce à son style de frappe », explique Christophe Rosenberger, plusieurs paramètres  sont pris en compte : « le temps de pression sur chaque touche, le temps de relâchement, le temps de vol entre deux touches ou encore le nombre de doigts utilisés. » « Ces paramètres sont en quelque sorte la signature de l'internaute », conclut-il. Au sein de son laboratoire de recherche Greyc, spécialisé dans la biométrie et la sécurité en ligne, il a mis au point un programme pilote « capable de différencier la frappe de chaque internaute sur ordinateur », rapporte Le Figaro.
 
Cette technique est apparue en 2007 en France, longtemps après les États-Unis. À l'avenir, elle pourrait offrir un champ très large d’utilisations : « contrôler l'accès à certains contenus sur Internet en déterminant si une personne est majeure ou non (…) lutter contre la présence d'adultes sur des sites de chats pour mineurs ou contre l'usurpation d'identité sur les réseaux sociaux. » Dans le secteur du marketing, les applications pourraient permettre aux sites Internet de « mieux déterminer le profil des visiteurs et ainsi mieux cibler leurs publicités. » Même si la discipline reste isolée, il y a de quoi faire, et dans de nombreux domaines.

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