Les larmes de crocodile des opérateurs télécoms



Mickaël Bazoge
Mercredi 7 Mai 2014

Il y a quelque chose de profondément indécent à voir l'industrie de la téléphonie tendre la sébile à des autorités publiques trop heureuses de satisfaire les moindres désirs des opérateurs… tout en mobilisant des sommes mirobolantes pour concentrer leurs activités.


Shutterstock.com/EconomieMatin
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Il suffit de rappeler les milliards d'euros mis sur la table par Bouygues Telecom d'une part, et Altice/Numericable de l'autre pour s'offrir SFR. C'est finalement la maison mère de Numericable qui a remporté la folle enchère qui a atteint le total de 17 milliards d'euros — et si Bouygues avait pu surenchérir, il est certain qu'il l'aurait fait. L'opérateur au carré rouge était pourtant considéré, avant la période des achats, comme une entreprise sur le déclin, incapable de relever le défi posé par Free Mobile et les forfaits low cost. Il faut croire que l'on était là en présence d'une pépite d'or alors que l'industrie la présentait comme un morceau de charbon.
 
Autre exemple encore plus récent : les enchères pour ravir Virgin Mobile. L'opérateur virtuel (MVNO) s'annoncent comme particulièrement fructueuses pour les vendeurs, à savoir Carphone Warehouse et Virgin Group. Parmi les prétendants on retrouve Bouygues Telecom et… un certain Vivendi, qui vient justement de revendre SFR ! On pensait que la holding en avant terminé avec la téléphonie mobile… La valeur du MVNO est évidemment bien moins élevée que celle de SFR, puisque la branche française de Virgin Mobile est valorisée autour de 300 millions d'euros. Il faudra néanmoins les sortir.
 
Cette débauche de moyens contraste violemment avec l'image que veut se donner l'industrie de la téléphonie. Depuis l'arrivée de Free Mobile et de ses forfaits à prix cassés, les marges ont fondu de 26,8%, les revenus de 16%. La Fédération Française des Télécoms a tiré la sonnette d'alarme : ces niveaux sont insuffisants pour soutenir les investissements dans la fibre, le déploiement de la couverture 4G, maintenir les emplois… Pire, le passage à quatre opérateurs auraient des répercussions négatives pour les consommateurs ! 
 
Certes, ces derniers ont gagné 7 milliards de pouvoir d'achat depuis Free et les baisses de prix sur les abonnements (passés de 24,10 euros en moyenne fin 2011, à 16,90 euros actuellement). Mais le lobby des télécoms prévient : « sur le moyen et long terme, ils seront lésés du fait d’une qualité de service dégradée ». Il suffira de piocher dans les réserves destinées à racheter les uns les autres.

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