Quand l'urine parle



Vendredi 3 Juin 2016

Dans deux refuges, des chercheurs ont recueilli l’urine d’alpinistes à la conquête du Mont-Blanc. Résultat, l’usage de médicaments est plus que fréquent.


Quand l'urine parle
Piégés de façon aléatoire. C’est ce qui est arrivé, en 2013, à de nombreux alpinistes en route vers le somment du Mont-Blanc (4 808 mètres d’altitude). Dans deux refuges différents, les urinoirs messieurs ont en effet « recueilli de manière anonyme et aléatoire les mictions d’hommes lancés à l’assaut du toit de l’Europe occidentale », peut-on lire dans Le Monde.

L’idée était de connaître la consommation de médicaments chez les alpinistes a priori amateurs. Une question chère à Paul Robach, 46 ans, chercheur en physiologie à l’ENSA, l’école nationale de ski et d’alpinisme de Chamonix, docteur en sciences, et guide de haute montagne. Grâce à des échantillonneurs automatiques, il a enfin pu connaître la réponse. Les résultats de son étude au titre évocateur, Prise médicamenteuse au Mont-Blanc : une étude en insu à partir d’un recueil automatique d’échantillons d’urine, viennent d’être publiés dans la revue scientifique américaine Plos One.

Pour Paul Robach et ses confrères, il importait de savoir, « jusqu’à quel point des alpinistes amateurs, peu habitués à la haute altitude ou mal acclimatés, ont-ils recours aux médicaments pour améliorer leurs performances physiques et/ou psychologiques, et pour lutter contre les symptômes du mal aigu des montagnes », rapporte Le Monde. Résultat, « sur un total de 430 échantillons analysés, 35,8 % témoignaient de l’absorption d’au moins un médicament. » Et quand on dit médicament, on parle principalement de diurétiques (22,7%) et d’hypnotiques (12,9%). Les corticoïdes sont visiblement moins utilisés, (3,5%), tout comme les stimulants (3,1 %).
 
Pour les chercheurs, « le recours aux médications pour réaliser l’ascension du Mont-Blanc est fréquent mais vise essentiellement à prévenir les symptômes du mal aigu des montagnes. » Ainsi, « l’acclimatation insuffisante et/où l’absence d’expérience de la haute altitude et donc potentiellement la crainte d’être sujet aux pathologies d’altitude expliquent probablement le recours fréquent aux diurétiques sur le Mont-Blanc », écrivent-ils, tout en recommandant « l’acclimatation naturelle à l’altitude. » 

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