Responsabilité Sociale de l’Entreprise (RSE) : les entreprises de la santé montrent l’exemple



Sylvain Bonnet
Jeudi 15 Octobre 2015

Défi incontournable pour les entreprises d’aujourd’hui, la RSE montre la voie vers une société où performances économiques et valeurs sont réconciliées. Si les stratégies sont multiples, elles ne sont pas toujours évidentes à mettre en place car elles supposent un changement de paradigme. Dans ce contexte, les entreprises de la santé, qui placent l’humain au cœur de leur métier, jouissent d’un léger avantage : la RSE semble bien faire partie intégrante de leur ADN.


(Sous Licence Creative Commons)
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La santé, un terrain privilégié pour la RSE

Pour les acteurs du secteur santé, la RSE est un mode de pensée assez naturel en raison de leur cœur de métier. En effet, les entreprises de la santé ne sont pas des entreprises commerciales comme les autres : elles traitent des problématiques humaines de taille et portent des valeurs humanistes telles que la solidarité, l’assistance, ainsi qu’une éthique en accord avec la défense de ses valeurs. Aussi, depuis quelques années les codes de conduite se sont multipliés dans les entreprises de la santé, comme au sein de la mutuelle Intégrance, fondée par des personnes handicapées en faveur des intérêts et des droits des personnes handicapées, en perte d’autonomie dans le domaine de la santé et de la prévoyance. Il s’agit pour elle d’afficher ses principes fondateurs et d’en démontrer l’application concrète au quotidien, que ce soit en faveur de ses sociétaires ou de ses salariés. Intégrance s’engage entre autres dans la lutte contre les discriminations et l’intégration des personnes handicapées, mais également à « adopter des pratiques et des procédures adaptées dans le but de lutter contre la fraude ». Il ne s’agit pas de voir la RSE comme une simple déclaration d’intention mais bien comme un outil de progrès.

Un outil de progrès

Si les entreprises de santé sont à la pointe en matière de RSE, c’est qu’elles y ont trouvé un moyen d’optimiser la performance de leur structure sur le plan social, environnemental et économique. Il faut voir que ces dernières sont soumises à une quête constante d’amélioration de leurs process, au regard des enjeux en matière de santé. Ainsi, certains acteurs ont formalisé leur démarche RSE grâce à des normes strictes, à l’instar du Comité pour le développement durable en santé (C2DS) et AFNOR Certification qui ont élaboré un outil spécifique d’évaluation de la responsabilité sociétale, adapté aux enjeux des établissements de santé et inspiré du modèle le plus abouti en France, l’AFAQ 26000. Olivier Toma, président du C2DS y voit « un investissement au service de la performance des établissements sanitaires français et au service d’une santé durable et solidaire. C’est une démarche exigeante mais qui résonne de  façon très juste dans les esprits des équipes soignantes qui ont choisi de faire de la santé et du bien-être des autres, leur métier » déclare ce dernier. Et à chaque secteur sa norme et son processus de certification. Ce faisant, les entreprises de la santé dépassent leurs seuls impératifs en matière de performance pour favoriser une santé durable et solidaire.

Répondre aux mutations du système de santé

Car « penser RSE », c’est également envisager son rôle en considérant les synergies à l’échelle d’une filière et au profit de la société.  D’ailleurs, « si on veut que la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) se déploie en France, il faut passer par les filières professionnelles » insiste Alain Jounot, directeur commercial d’AFNOR Certification. Cette démarche est particulièrement appropriée dans un domaine aussi sensible que celui de la santé qui revêt de nombreuses problématiques, qui traitées de manière isolée, peinent à se solutionner. Aussi, les entreprises de la santé sont nombreuses à raisonner en termes de filière et à adopter une réflexion plus globale comme le groupe Lecante, spécialiste dans l’appareillage orthopédique sur mesure. « En partenariat avec des hôpitaux, nous sommes sortis du strict cadre technique pour rencontrer des patients, leur expliquer leur pathologie afin qu'ils acceptent mieux leur appareillage. Nous les avons également sensibilisés à la récupération des appareils usagés » explique Grégory Notin qui pilote la démarche RSE du groupe.

Il s’agit de décloisonner l’approche en matière de santé afin de remettre le patient au cœur de la prise en charge.  Quitte à faire émerger un nouveau modèle : être un acteur actif de la RSE, c’est donner des repères et accompagner les changements. En outre, le rôle des entreprises de la santé est d’autant plus important à l’heure où le système de santé français fait face à de sérieuses contraintes économiques comme l’explique Jean-François Tripodi, directeur général de Carte Blanche, un organisme chargé de gérer le parcours de soins de quelques 7 millions d’assurés. « Tout le monde sait bien que nous assistons à un désengagement progressif de l’Etat (…) ce qui fait porter aux acteurs privés une responsabilité naturellement plus lourde », confie ce dernier qui rappelle que 60% des Français renoncent aux soins chaque année. Les équipements optiques figurent d’ailleurs sur le triste podium des soins sacrifiés en raison de leur coût.  Pourtant, les besoins sont croissants au vu du vieillissement de la population, mais également en raison des nouvelles pathologies liées à l’explosion des écrans dans notre quotidien. Et face à cet enjeu de santé publique majeur, les professionnels de santé ne cessent de tirer la sonnette d’alarme. Carte Blanche a ainsi conçu une offre baptisée Carte Blanche Prysme, dont le modèle économique permet aux opticiens de proposer à leurs clients des paires de lunettes de très haute qualité sans reste à charge. L’offre a également été conçue pour ne pas pénaliser les opticiens qui peuvent toujours compter sur leurs marges d’environ 60%. « Nous ne gagnons pas d’argent à travers la vente de ces montures. Par contre, nous sommes très fiers de cultiver une vision sociale de notre métier », conclut Jean-François Tripodi. Et cette démarche séduit de plus en plus d’entreprises de la santé qui innovent face aux défis sociétaux.

Mener les combats de demain

Cet essor a notamment poussé Les entreprises du médicament (LEEM), syndicat professionnel de l’industrie pharmaceutique, à créer les Trophées RSE qui récompensent pour la première fois cette année, des entreprises du secteur à la pointe de la RSE. Cette initiative a pour objectif de valoriser les projets les plus exemplaires en matière de performance sociale, sociétale et environnementale. Parmi les lauréats 2015, le groupe Pierre Fabre a été récompensé pour l’installation d’une chaudière biomasse permettant de recycler en combustible les résidus des plantes médicinales. Une première tant sur le plan technique que règlementaire concernant le statut des déchets.

Autre exemple celui du laboratoire Novartis qui s’est distingué dans la catégorie « Sociétal » grâce à son projet « Générations Proches », destiné à donner la parole aux accompagnants de personnes malades, âgées ou dépendantes. Cette démarche vise à faire reconnaître le statut « d’aidant », notamment au sein de l’entreprise, et s’inscrit dans une démarche de proximité initiée en 2000 en faveur des plus fragiles, comme l’explique Vincent Narlet, Directeur Exécutif Services Marketing et Communication chez Novartis dont la fille est atteinte de mucoviscidose. Ces exemples illustrent bien la mue des acteurs de la santé et achèveront de répondre aux mauvaises langues, qui ne voient dans la RSE qu’un concept gadget.

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