Samsonite fait voyager en classe « manif »



Mercredi 5 Mars 2014

Vingt-et-une ex-salariées de l’usine Samsonite sont parties à Boston pour dénoncer la tromperie qui a conduit à la fermeture éclair de l’usine de valises et sacs de voyages de Hénin-Beaumont dans le Nord.


Samsonite fait voyager en classe « manif »
Samsonite rapportait davantage en cession qu’avec ses produits en France

L’histoire est fastidieuse et usante, tout le contraire des bagages Samsonite, agréables et inusables. En 2005, l’entreprise de Hénin-Beaumont est rachetée pour un euro symbolique et les dettes par deux entrepreneurs qui devaient lancer une activité complètement différente et prometteuse : la fabrication de panneaux photovoltaïques.

Or, la manœuvre comptable était intelligente pour Bain Capital, le fonds américain qui détenait Samsonite depuis 2004. Il s’agissait de présenter un bilan et un compte de résultat de l’entreprise avec des gains une fois la fermeture effectuée.
En fermant, l’entreprise a bénéficié de l’Assurance Garantie des Salaires (AGS) qui permet de payer les licenciements des salariés en cas d’insolvabilité de l’entreprise. Le plan de fermeture a été externalisé et n’a pas été payé par Samsonite. C’est finalement l’Etat avec ses différents fonds de garanties sociales qui a réglé la note.

Or, en 2007, Bain Capital a cédé sa participation au prix fort. Le gain est estimé à plus de un milliard d’euros. Les deux repreneurs au bout de dix-huit-mois de reprise sont partis avec 2,5 millions d’euros. Ces derniers ont été condamnés en 2012 à des peines très lourdes par la cour d’Appel de Paris pour « banqueroute frauduleuse », mais qui sont du point de vue des montants, une poche à billets dans la valise remplie pour Bain Capital.

Samsonite, des produits inusables et des salariés usés

Alors au final, ce sont les ex-salariés qui sont lésés dans cette affaire. Les protections salariales ont avant tout aidé les détenteurs de l’entreprise et pas les salariés, qui tout de même ont touché leurs indemnités de licenciement.

Pour ces deux cents ouvriers de l’usine d’Hénin-Beaumont, ce fut une belle claque. Les produits du bagagiste pourtant très attractifs sont partis se fabriquer ailleurs, là où la main d’œuvre est plus compétitive, mais pas seulement, là où l’imposition est moins forte et où les circuits administratifs sont moins compliqués. Il y a fort à penser que la décision habilement orchestrée a été accélérée avec l’opportunité de gain de femreture inespérée.

Il s’agit sans aucun doute de l’accumulation de failles dans les verrous administratifs et juridiques dont ont profité avec une bonne manipulation les deux repreneurs de paille et Samsonite.

Avec tous ces déboires, Mme Petit, ancienne ouvrière et présidente de l’Association AC Samsonite (Agissons Contre Samsonite), témoigne du décès d’un ancien salarié dont « l’état s’est aggravé à la suite du licenciement ».
La solidarité est très présente. Les ouvrières ont osé se rendre à Boston pour le jugement et montrer leur détermination. Les frais de voyage et d’hébergement ont été négociés grâce à des prestataires locaux qui ont bien voulu minimiser leurs marges (Sélectours) et à des dons des collectivités locales mais aussi personnels.

Espérons que la détermination des françaises partie aux Etats-Unis sensibilisera les juges américains au préjudice encouru depuis des années.

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