Textile : mourir pour nos t-shirts



Lundi 28 Avril 2014

Un an après l’effondrement au Bangladesh de l’immeuble Rana Plaza qui a fait 1138 morts et 2 000 blessés la sécurité des usines textiles de ce pays ne s’est pas améliorée constate un article du Monde. Le quotidien explique « Le fonds d'indemnisation des victimes n'a toujours pas réussi à lever les 40 millions de dollars (29 millions d'euros) prévus, selon les syndicats IndustriALL et Clean Clothes Campaign. Selon eux, seulement la moitié des vingt-neuf marques qui faisaient appel à ces ateliers ont apporté leur obole. « On leur demande pourtant de contribuer à moins de 0,2 % de leurs profits », s'agacent les syndicats. »


Si le groupe irlandais Primark, « a apporté 12 millions de dollars, dont 9 millions directement aux 580 salariés de New Wave Bottoms ou à leurs familles », et des entreprises comme C&A, Inditex (Zara), Gap, Wal-Mart, El Corte Ingles, Mango, ont contribué au fond d'indemnisation, sous l'égide de l'Organisation internationale du travail (OIT), d’autres groupes internationaux et notamment français comme Auchan ou Carrefour, contestent toujours avoir fait fabriquer des vêtements au Rana Plaza.
En avril 2014, trois associations, Peuples solidaires, le collectif Ethique sur l'étiquette, et l'association Sherpa ont déposé une plainte au parquet de Lille contre le distributeur Auchan pour avoir trompé les clients. En déclenchant une enquête préliminaire en France, l'association Sherpa veut dénoncer « une pratique commerciale de nature à induire les consommateurs français en erreur sur les conditions sociales de fabrication des produits qu'elle commercialise ». La marque Benetton a elle été obligée de reconnaître son lien avec l’usine après la publication de photos d’étiquettes de sa marque dans les décombres et assure aujourd'hui avoir aidé les victimes par le biais de l'organisation humanitaire BRAC.
 
« Quelle est la valeur de nos vies pour les marques pour qui nous travaillions ? Nous sommes incapables de gagner notre vie ; nous sommes devenues des assistées. Ce n'est pas ce que nous voulions » témoigne Shila Begum, 25 ans, survivante de la catastrophe, et qui, à l’initiative du syndicat national bangladais Garment Workers Federation (NGWF), est venue témoigner en Europe sur ses conditions de vie et celles des autres ouvriers.  Shahidul Islam Shahid, vice-président de la National Workers Federation, qui l’accompagne dans son périple, déclare, cité par Le Monde : « Pour une chemise vendue 25 euros en boutique, les marques paient 53 centimes de fabrication au Bangladesh et, en comptant le transport, ce vêtement leur revient à 2 euros. Si le prix payé pour chaque chemise était augmenté de 3 centimes, cela nous permettrait de vivre ».
 
Au Bangladesh plus de 9 millions de personnes travaillent pour l’industrie textile. La vie de chacune vaut largement plus que le prix d’un t-shirt ou d’un jean à la mode et que les profits des marques qui nous les vendent.

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