Trois belles aventures collectives du business hexagonal



Cafeine Le Mag
Vendredi 31 Janvier 2014

Même en dehors du secteur du luxe, le positionnement haut de gamme associé à la marque France fait recette. De nombreuses enseignes participent à cet élan français tout à fait particulier qui joue de ses richesses, de son dynamisme et de son savoir-faire sans modération.


Originale dans ses débuts comme dans sa philosophie, la marque Vicomte A. connaît rapidement un franc succès outre-Atlantique. Son fondateur, Arthur de Soultrait, parti trois mois pour un stage aux Etats-Unis, est amené à vendre des cravates en porte à porte pour pouvoir payer son billet retour. Fort de son succès en la matière, et sur le seul capital de son look chic et raffiné, ses amis américains le convainquent de créer sa propre marque. Et c’est ainsi qu’en 2005, la marque Vicomte Arthur voit le jour. Comme le confirme Arthur de Soustrait : “Le nom m’a été soufflé par des amis américains. C’était un délire, mais ils m’ont convaincu de jouer sur cette particularité“. Arthur possède en effet le titre de vicomte depuis huit générations et son aïeul n’était pas moins que Mousquetaire du Roi. Il puise ainsi ses origines aux antipodes de ses principaux concurrents du sporting chic comme Ralph Lauren ou Tommy Hilfinger, qui revendiquent pour leur part des origines populaires.
 
Les débuts sont difficiles car Arthur, bien que passionné de mode, ne connaît rien au textile. Tout en continuant à travailler, il parcourt le sentier dès qu’il peut pour trouver le bon fournisseur. Fin 2005 que l’entreprise décroche son premier véritable contrat : la confection des cravates de la délégation des JO Paris 2012.  Ce jeune dirigeant avoue alors qu’il s’agit là d’un “vrai coup de bol. J’ai été le premier à y répondre, c’était au moment de Noël et les marques ont mis trop de temps à réagir“. A l’issue de cette première commande, Arthur entraîne son frère Bertrand dans l’aventure et “en sept ans, nous sommes passés de la cravate au total look, chaussures comprises, pour l’homme, la femme et l’enfant“. Aujourd’hui, l’affaire familiale réalise 15 millions d’euros de chiffre d’affaires. Par ailleurs, grâce au jeune frère des deux fondateurs qui les a également rejoints, Marcy de Soultrait, la marque est devenue une des grandes spécialistes du vêtement siglé pour les entreprises.
 
Autre success story familiale : l’aventure Wonderbox. Crée en 2004 par Bertile Burel et James Blouzard, cette entreprise française est aujourd’hui leader du marché du coffret cadeau haut de gamme. Au-delà d’un projet entrepreneurial familial, Wonderbox s’est bâti autour d’un projet de vie dans lequel deux entrepreneurs expérimentés, épris de voyages et de découvertes, ont uni leurs passions et voulu faire partager leurs expériences à grande échelle. Comme le confie Bertile Burel, “James et moi sommes des passionnés. Nous sommes tous les deux persuadés que le sel de la vie, c’est toutes les expériences que l’on peut vivre. Les deux premiers coffrets que nous avons lancés reprenaient des activités que nous avions aimées et que nous avions envie de partager“.
 
Faire de leurs envies leur métier les a amenés à sentir bien avant ses concurrents le nouveau rapport aux loisirs des français, en anticipant une consommation de loisirs moins longue mais plus fréquente. C’est certainement parce que l’entreprise de ce jeune couple est animée de ce qu’ils vivent qu’elle affichait en février 2012 neuf points de parts de marché supplémentaires pour atteindre déjà 38,9%. Continuant sur sa lancée Wonderbox passera leader du marché fin 2012. Selon Bertile Burel, “la conséquence d’aimer ce que nous faisons, c’est que nous travaillons beaucoup et que nous cherchons la perfection. L’innovation naît de cette passion“. Ce souci de la qualité contribue au succès de l’entreprise, très attachée aux bonnes relations qu’elle entretient avec ses clients et ses partenaires. Leur force et leur identité tient également à la synergie entre les compétences du duo. En effet, comme le souligne Bertile Burel, “nous sommes complètement interchangeables, ce qui offre un vrai avantage : quand un dossier pose difficulté à l’un, il peut le confier à l’autre“. Ses salariés et partenaires puisent certainement dans la singularité de ce management bicéphale harmonieux la sécurité et la continuité dont ils ont besoin pour rester créatif. En outre, cela contribue à une certaine philosophie de la marque, qui se distingue par sa volonté d’authenticité.  
 
Une authenticité partagée par la marque Lejaby, ancrée dans le haut de gamme, mais plus proche du prêt à porter chic de Vicomte A. L’enseigne a pourtant traversé récemment des heures sombres. Mais à l’heure où la crise économique frappa la maison spécialisée en lingerie fine, un élan de solidarité et de créativité permit à ses salariées de pouvoir conserver leur travail. D’un côté, Alain Prost, ancien PDG de la marque de lingerie italienne La Perla, a repris une partie des employés du fabricant de sous vêtements en liquidation. Tandis que de l’autre, d’anciennes salariées se sont regroupées sous forme de coopérative. Comme le confie Alain Prost, Lejaby est “une société en pleine reconstruction. Elle a franchi le cap de la première année [...] On a surtout retrouvé ce qui était ma priorité : cette créativité et cet élan qui avaient fait son succès dans le passé“. Alain Prost conserve l’idée d’une aventure collective et compte bien entraîner “Les Atelières de Muriel Perrin“, la société coopérative d’intérêt collectif crée par les ex-salariées de Lejaby, au cœur de leur succès annoncé. “Nous leur avons donné leur première commande pour leur permettre de construire leur projet. Nous leur avons aussi vendu des machines à prix très bas. Nous partageons la même philosophie : oser entreprendre. Dans la sinistrose actuelle, nous sommes complètement à rebrousse-poil !“ confirme Alain Prost.
 
L’utilisation de très belles matières, la qualité des finitions, des produits extrêmement travaillés, fabriqués à la main, en France, numérotés et dédicacés par les corsetières du studio, un peu de ce luxe à la française inégalable, incomparable. Par ailleurs, l’appel lancé sur Facebook par “les Atelières“ leur a permis de faire un appel aux dons auprès du public pour “maintenir le savoir faire de la corsetterie en France“. Appel auquel ont répondu favorablement des milliers de personnes, et qui a rapporté à la société coopérative 80 000 euros. Enfin, l’appel de Mme Perrin à des investisseurs a ajouté 185 000 euros supplémentaires auxquels vont s’additionner d’autres fonds complémentaires à hauteur de 30 000 euros. Comme le précise la dirigeante, “Nous nous félicitons de ce succès, qui va nous permettre de démarrer avec de la trésorerie“.
 
Qu’il s’agisse du prêt à porter ou des coffrets-cadeaux, le positionnement haut de gamme semble être ce qui correspond le mieux à l’image de marque « France ». Force est de constater qu’entreprendre en France, faire-valoir les compétences et le savoir-faire unique du Made in France est incomparable, et fait partie des atouts majeurs dont nous disposons pour défier les nouveaux enjeux de la concurrence.
 

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